Site de Claude BROUSSY
NOTICES BIOGRAPHIQUES
Notices biographiques Sommaire: #Claude Schaeffer:archéologue de Ougarit #Elisheva_Copin #Le_Stabat_Mater_de_Marc_Eychenne_ ________________________________ CLAUDE SCHAEFFER : L’ARCHEOLOGUE D’OUGARIT Vers 1180 avant Jésus-Christ, la ville d'Ougarit était une riche cité de Syrie dont le port, face à Chypre, faisait le centre commercial et la capitale du petit Royaume de Canaan. Si le roi possédait une flotte commerciale importante, il y avait aussi de grands armateurs dont Simaranu qui passait pour 1 'homme le plus riche de la ville. Les rues près du port se croisaient à angle droit et étaient bordées de magasins, ateliers et commerce. On importait et exportait le vin, l'huile d'olive, les parfums, sans doute l'opium, mais aussi les métaux précieux, le cuivre, l'ivoire, le bois. Cet été là fut très chaud, le sirocco souffla plus longtemps que d'habitude, apportant sable et poussière dorée qu'il fallait sans cesse balayer. L’hiver n'apporta pas les tempêtes habituelles avec leurs fortes pluies. Il semblait, selon les dires des marins, que les nuages s'arrêtaient sur Chypre ou passaient plus au sud. D'ailleurs, les bateaux étrangers repartaient vite, ne pouvant s'approvisionner en eau autant que souhaité. Lorsque l'été suivant arriva, les réservoirs de la ville étaient presque à sec, la rivière Nahr el Fid un ruisselet, et les sources des environs se tarissaient. Il fallait aller chercher l'eau de plus en plus loin, dans des amphores entassées sur de lourds chariots. Le sirocco souffla de nouveau avec force tout l'été et le sable commença à s'entasser dans les ruelles, puis sur les toits dont certains s'effondrèrent. Le trafic portuaire se ralentit, certains commerçants déménagèrent pour des ports plus au sud. L’hiver n'apporta aucune amélioration. L’été suivant, par une de ces journées où le soleil écrasait la ville de sa chaleur vibrante, un grondement sourd se fit entendre. Tout le monde à Ougarit avait entendu parler du tremblement de terre qui avait dévasté la ville en 1364 (av. J.-C.). La population se jeta hors des maisons et quitta la cité, alors que le grondement s'amplifiait et que les murs commençaient à s'écrouler. Les charpentes tombaient, et là où il y avait des feux d'allumés, le bois sec s'embrasait en un instant L’incendie s'étendit à toute la ville et au palais. Le roi Hammurapi y périt-il? Toujours est-il que lorsque le feu s'éteignit au bout de quelques jours, seuls les oiseaux de proie faisaient entendre leurs cris au-dessus des ruines. Plus personne ne vint plus jamais à Ougarit qui disparut petit à petit sous le sable apporté par le vent du désert, la rivière et la mer. Quel serait le prince qui viendrai:t la réveiller? Un jeune archéologue alsacien Le 6 mars 1898, naissait à Strasbourg Claude Schaeffer. Il fit ses études au lycée de cette ville jusqu'au baccalauréat. Elève extraordinairement studieux, qui se levait avant ses camarades pour travailler, il y étonna ses professeurs par son intérêt pour la préhistoire. En 1917, il est incorporé dans la Marine de guerre allemande où il devient décodeur. Avait-on reconnu ses aptitudes? Toujours est- il que cette formation lui sera utile plus tard. Après la guerre, il s'inscrit à l'université de Strasbourg où il étudie l'archéologie. Il fait connaissance de l'archéologue suisse Robert Forrer et sous sa direction entreprend des fouilles en Alsace. En 1924, il est nommé assistant au Musée de Préhistoire et d'Archéologie du Palais Rohan à Strasbourg, musée créé par Robert Forrer dont il vient d'épouser une des filles, Odile. Il poursuit ses recherches et publie de nombreux articles et ouvrages. En 1927, un paysan de l'Allier, Emile Fradin, prétend avoir découvert dans son champ au lieu dit Glozel, des tablettes de terre cuite couvertes d'une écriture inconnue. Claude Schaeffer se range résolument dans le camp des scientifiques qui ne croient pas à l'authenticité de ces tablettes et écrit une vingtaine d'articles sur ce sujet. René Dussaud, conservateur des antiquités orientales au Louvre, et membre de l' Académie des Inscriptions et Belles Lettres, auteur d'un ouvrage important sur les civilisations préhelléniques, partage cette opinion et apprécie ce jeune confrère qui part aussi vigoureusement en bataille. Le hasard fait que la même année, un autre paysan, syrien celui- là, découvre en labourant son champ une tombe près de la côte de Syrie, à deux cents kilomètres au nord de Beyrouth. La tombe avait certes été pillée à une époque très ancienne, mais contenait encore des débris de poteries. L’Etat Syrien étant alors sous protectorat français, le gouverneur français fut par chance informé de cette découverte, et peu après, René Dussaud recevait des morceaux de poteries qu'il pouvait identifier comme étant de l'époque mycénienne. L'importance de cette tombe tenait à ce qu'elle était située dans une région jusqu'alors considérée comme n'ayant jamais été habitée. L' Académie des Inscriptions et Belles Lettres décide alors d'y envoyer une mission archéologique qu'elle confie à ... Claude Schaeffer. Ce choix surprit car Schaeffer n'avait aucune expérience du Moyen-Orient, mais la méthode de fouille stratigraphique qu'il avait employée avec succès en Alsace, le recommandait pour cette mission dont on pensait d'ailleurs qu'elle allait au mieux mettre à jour un vieux port et son cimetière. C'est fin mars 1929 que Claude Schaeffer débarque en Syrie accompagné de son collaborateur Georges Chenet. Il atteint aisément Lattaquié, puis protégé par une escorte de cavaliers alaouites, poursuit vers le nord le long de la côte ayant chargé ses outils sur des chameaux. Ils arrivent le soir à l'endroit où a été mise à jour la tombe. C'est une petite baie, bordée au nord par une falaise crayeuse; une rivière se jette dans la mer; dans l'intérieur des terres, le sol est couvert de fenouils en fleurs; au loin on aperçoit les montagnes de la Turquie. Le lieu s'appelle «Minet el-Beida», la baie Blanche. Claude Schaeffer a alors 31 ans, c'est un homme mince, longiforme, très droit. Il a déjà témoigné de courage, de ténacité, et de talent d'organisation. Mais c'est aussi un homme épris de justice et attentionné. Enfin, il est reconnu pour avoir des intuitions remarquables sur les chantiers, il a ce qu'on appelle «la pioche heureuse». Toutes ces qualités lui seront nécessaires pour diriger le chantier de fouilles de Minet el-Beida qui va devenir, il ne le sait pas encore, un des plus importants de l'époque. Le 1er avril, le petit groupe est rejoint par une vingtaine de soldats devant protéger les fouilles du pillage, puis Claude Schaeffer recrute les ouvriers du chantier parmi les habitants des environs. Le lendemain, il fait donner le premier coup de pioche près de l' en droit où a été trouvée la tombe. Au bout d'une semaine de creusement, la nécropole est manifestement trouvée, à 150 mètres du rivage. Quatre-vingt tombes vont être mises à jour. Elles contiennent des vases de style syrien ou mycénien, des poids égyptiens, des pierres polies. Au pied d'une petit mur, il fait une découverte plus intéressante: des statuettes et des bijoux de style égyptien mais de facture originale. Enfin il met à jour une salle souterraine de grandes dimensions avec son plafond de dalles de pierre. Cette découverte conduit à son tour à une tombe imposante dont le couloir d'accès est bordé de lampes prêtes à fonctionner et de vases richement décorés. Si la tombe a elle aussi été violée dans des temps anciens, il y reste encore quatre squelettes et le trésor devait être si conséquent que les pilleurs n'avaient pu tout emporter. C'est là qu'il trouve un couvercle de boite en ivoire, ciselé, représentant une déesse vêtue à la mode crétoise du 14e ou 13e siècle avant notre ère (elle est aujourd'hui au Louvre). Pour Claude Schaeffer, ces tombes n'avaient pu être que celles d'une importante dynastie du nord de la Syrie. Mais alors, il devait y avoir un palais! De plus en plus il est convaincu que cette baie a abrité une ville assez importante pour que de riches demeures y existassent. Au bout de cinq semaines, l'examen attentif du site conduit C. Schaeffer à une nouvelle et géniale intuition. A 800 mètres du rivage se dressait une colline dite Ras Shamra (La colline au fenouil), d'environ 200 mètres de haut, 1000 m de long et 500 m de large. Schaeffer imagine qu'elle pourrait recouvrir l'acropole ou le palais de cette ville et décide d'y porter son chantier en arrêtant provisoirement celui du rivage. D'ailleurs les habitants de la région qui travaillent au chantier lui ont raconté que des fouilles y avaient été faites et avaient permis de trouver de « l’or ». En fait, en essayant de séparer les faits des légendes, il semble que l'on ait effectivement trouvé des sceaux et des bijoux en or au pied de la colline. Pour lui, ce sont sans doute les pluies ruisselant sur les flancs de la colline qui y ont déposé ces objets. Il choisit donc l'endroit le plus élevé, avec vue sur la mer. A nouveau son intuition ne le trompe pas: dès que la couche de terre superficielle fut enlevée, apparurent des fondations puissantes entre lesquelles on découvrit une épée de bronze, une statue de Pharaon en granit, des stèles couvertes d'hiéroglyphes. C. Schaeffer date ces objets du deuxième millénaire avant J.-C. Il en dé- duit aussi que les rois qui avaient habité là avaient de bonnes relations avec l'Egypte. Or, peu après, il met à jour une bibliothèque de tablettes, dont certaines sont des lettres échangées avec les pharaons de la 18e dynastie. D'autres témoignent de l'activité du port qui importait du cuivre de Chypre et exportait des produits de l'Asie vers la Grèce. La plupart cependant présentaient une écriture inconnue que le directeur des Antiquités à Beyrouth, M. Virolleaud ne put déchiffrer. Enfin, deux jours plus tard, on trouve au pied d'un escalier 74 objets de bronze en parfait état, comme s'ils sortaient de l'atelier du fondeur: des armes, des haches, des pelles. Claude Schaeffer décide alors d'arrêter le chantier, partage comme c'est la règle les objets trouvés à moitié entre la Syrie et la France. Il est mainte nant tout à fait sûr d'avoir trouver une ville importante, de grande culture, nommée Ougarit, et dont les fouilles étaient très prometteuses. La qualité de cette première campagne est telle que l'Académie et le Louvre décident de financer une nouvelle campagne l'année suivante. Le 20 mars 1930, Claude Schaeffer accompagné cette fois de sa femme et de sa fille de cinq ans, et toujours de Georges Chenet, s'installe à nouveau à Minet el-Beida. Deux grandes tentes sont montées, et c'est Mme Schaeffer qui va prendre en main la logistique du chantier, nourriture, achats, paiement des ouvriers, mais aussi nettoyage des pièces sorties des fouilles. Cette fois les archéologues français peuvent disposer de 150 ouvriers. Des rails furent posés et les petits wagonnets Decauville permirent de transporter au loin la terre enlevée. En poursuivant les fouilles sur la colline, l'ensemble du bâtiment découvert l'année précédente se révéla être un très grand temple. C. Schaeffer décide alors de creuser un fossé de 60 m de long sur 10 de large pour examiner les couches inférieures. De fait, sous les couches du 13" et 14e millénaires, il trouva un cimetière qui put être daté par les vases près des morts comme étant du 18e au 16e siècles (av. J.-C.). La fantastique remontée dans le temps d'Ougarit venait de commencer. La même année, Claude Schaeffer découvre la bibliothèque d'une école de scribes: un beau bâtiment rectangulaire avec sa cour, sa fontaine. Or, certaines tablettes s'avéreront êtres des dictionnaires et des textes en plusieurs langues qui vont permettre de déchiffrer les tablettes trouvées l'année précédente. En raison de la position de plaque tournante d' Ougarit, ses scribes devaient connaître six langues: le babylonien, le sumérien, l'hittite, l' égyptien, le phénicien et bien sûr la langue d'Ougarit qui s'écrivait avec 28 caractères et est donc une des premières langues sinon la première à utiliser un alphabet. Les campagnes d'été vont alors se succéder des 1931 à 1937. Les Schaeffer vont faire construire dès 1932 des maisons pour remplacer les tentes, planter des eucalyptus et le confort du séjour en devient acceptable. La Colline de Ras Shamra va continuer à livrer ses trésors. Sous les couches du 18ème siècle, on trouva des objets en bronze des 22e et 23" siècles, où la ville, alors abandonnée, semble avoir été occupée par des nomades métallurgistes. En même temps que Schaeffer sonde les couches profondes, les fouilles de surface continuent et mettent. à jour petit à petit la ville du 14e siècle. De riches maisons à deux étages, dont le rez-de-chaussée était parfaitement conservé, apparaissent avec chacune leur cour, leur fontaine, leur réservoir, leur four, leurs salles de bains et même leurs toilettes avec puisard. En 1933, Claude Schaeffer est nommé conservateur au Musée des Antiquités de Saint Germain en Laye, où il s'installe. En 1937, il découvre une partie du palais du l5e siècle (avec une salle de 29 m de long sur 10 m de large). Comme la guerre menace, il décide de regrouper les campagnes de 1938 et 1939 en une seule pour avancer plus vite. L'ensemble du palais est alors mis à jour, avec d'inestimables archives. Là aussi les traces de l'incendie et du pillage qui suivit sont partout présentes., Un sondage jusqu'à 18 m de profondeur met en évidence que le site était déjà occupé au 7e millénaire. Cela ne suffit pas à cet homme soucieux de vérifier ses hypothèses. Dès 1932, il s'associe au conservateur du musée de Nicosie, P. Dikaios, pour explorer la côte nord puis la côte orientale de Chypre, face à Ougarit. Son intuition lui fait découvrir, là où plusieurs équipes étaient passées vainement, une grande ville et son port, Enkomi. Il y trouve bien des céramiques identiques à celles d'Ougarit. Il fit même la traversée en voilier pour vérifier la facilité de la liaison entre les deux villes. Le trafic de Chypre et l'Egypte transitait donc par Ougarit, ce qui permettait de ne pas perdre la terre de vue. La guerre devait effectivement interrompre les fouilles laissées à la surveillance d'un cheik local qui s'acquittera très bien de sa tâche. Schaeffer est appelé sous les drapeaux, cette fois français, et est affecté comme pas hasard au chiffre dans la marine française. A la capitulation, se trouvant en Angleterre, il se rallie au Général De Gaulle. Il pourra néanmoins continuer à travailler sur ses notes et prépare la publication qui aura lieu en 1948 de la «Stratigraphie comparée et Chro- nologie», ouvrage qui va proposer de nouvelles datations pour de nombreux sites du Moyen-Orient. Rentré en France en 1945, il est nommé Directeur de recherche au CNRS. Dès 1946 il part rejoindre le chantier d'Ougarit, mais le gouvernement syrien ne donne pas l'autorisation. Il reprend alors celui d'Enkomi, auquel il ajoute des fouilles en Turquie centrale sur un chantier ouvert par un autre archéologue français avant la guerre et décédé pendant celle-ci. Les fouilles d'Enkomi qu'il va poursuivre jusqu'en 1971, permettront d'établir qu'il s'agissait là de la capitale de l'île, que les Egyptiens appelaient Alasya. A Ras Shamra, il dirigea le chantier jusqu'en 1969 (il aura alors 72 ans). Le palais sera complètement mis à jour, avec ses 90 pièces au rez-de-chaussée (l'étage s'est effondré dans l'incendie). Les tablettes des archives qui avaient particulièrement bien survécu à la destruction de la ville, ont permis d'écrire l'histoire de cette ville pendant les deux siècles qui ont précédé. On connaît les noms, la vie, les lois et les cultes de ses habitants. Mais aussi l'occupation plus ancienne du site (environ 6500 ans avant notre ère) put être déterminée assez en détail. Les premières cabanes y furent installées vers - 6000, le village grandit surtout entre - 5250 et - 4300. C'est vers -3000 qu'Ougarit devient une métropole commerciale faisant surtout le commerce du cuivre avec Chypre. Détruite déjà par un tremblement de terre vers la fin du 3° millénaire, elle put renaître au second. L'importance de ces découvertes et la précision du travail de Claude Schaeffer font de lui un des meilleurs archéologues de ce siècle. Docteur honoris causa de l'université d'Oxford puis de Glasgow, membre correspondant de plusieurs Académies étrangères, il fut aussi, et c'est ce qui comptait le plus pour lui, citoyen d'honneur de Lattaquié en Syrie et de Famagouste à Chypre. Il mourut à Saint Germain en Laye en 1982. Une salle du Louvre porte son nom et perpétue ainsi le souvenir de cet homme 'remarquable. CLAUDE BROUSSY (Connaissance des Hommes Janvier 1997 ) Bibliographie « Ugarit und seine Welt » par Sybille von Reden, édité chez Lübbe, 1992. «Notice sur la vie et les travaux de Claude Schaeffer», par Jean Vercoutter, Imprimerie Darantière. «Petits souvenirs de grandes expéditions», par Odile Schaeffer. Inédit ______________________________________________________________________ Elisheva Copin "La passion du sculpteur, c'est de se faire tout entier étendue pour que du fond de l'étendue toute une statue d'homme puisse jaillir. Des pensées de pierre le hantent" écrivit Sartre. Rien ne s'applique mieux à l'oeuvre d'Elisheva Copin. Ses parents, égyptiens, furent obliger de quitter le Sinaï à la suite de l'invasion israélienne d 'octobre 1956, perdant tout ce qu'ils avaient. Ils connurent, avec leur fille âgée de cinq ans, les camps de réfugiés, puis vinrent s'installer à Jérusalem. Déjà, Elisheva avait pour passion de dessiner ou de sculpter avec tout ce qui lui tombait sous la main, de la terre ou des pommes de terre! Elle découvrira bientôt dans une vie de Michel Ange ce qu'est la création et elle sait alors qu'elle a ce feu sacré en elle. A l'école, elle fut une élève brillante, sa professeur d'art reconnaissant son talent voulait absolument qu'elle aille à l'école des Beaux-arts, mais elle n'osa pas en parler à ses parents, pour qui ce n'était pas des études "sérieuses"! Elle suivit donc des études universitaires et était si brillante que déjà pendant ses études, elle fut envoyée en mission par le Ministère Israélien des Affaire Etrangères dans divers pays d'Europe. Cette activité intéressante pour une jeune fille lui fit mettre de côté sa passion artistique. Après ses études, elle commence une carrière dans le monde diplomatique, séjournant dans plusieurs ambassades en Europe. En 1978, elle vient en France et se marie. Jusqu'en 1982, elle ne pense toujours pas à la création, mais, avoue-t-elle, lorsque le hasard la menait dans un musée, elle ressentait une vive douleur devant la beauté de certaines oeuvres. En peinture, ce sont les oeuvres d'Egon Schiele qui la marquent particulièrement. En sculpture, Rodin, Camille Claudel, Bourdelle. En 1982, elle rencontre celui qui allait devenir son deuxième mari, et la stabilité retrouvée, son besoin de créer reprend le dessus. Commence alors une longue période d'études dans différents ateliers parisiens et niçois, dont la Villa Arson, école d'art et résidence d'artistes dépendant du ministère de la Culture. Ce n'est qu'en 1989 qu'elle se sent prêt à affronter le public. Elle a déjà son style essentiellement en bronze. Ce sont des personnages. Une de ses premières réalisations est une figurine intitulée "Maternité" (photo 1) où se remarque l'attention que porte le sculpteur à ce qu'exprime l'attitude du corps. La cambrure naturelle du corps de la femme enceinte laisse bien entrevoir sa fierté. La finition du bronze est polie, mais sans excès. Peu à peu, Elisheva Copin va laisser de plus en plus apparaître le travail de la matière, rendant plus palpable les tensions internes des corps représentés. "Pénélope" de 1996 (photo 2) est une étape dans cette voie. La rugosité du bronze, par exemple sur le visage, accroche la lumière et renforce l'expression tendue, inquiète et pourtant encore confiante de la femme. A partir de 1997, le sculpteur va explorer plusieurs voies, des formes très symboliques comme cet "Aztèque" (photo 3) ou des finitions encore plus brutes qui laissent voir le combat de l'artiste avec la matière, on y voit le retouches, les ajouts de matière, et cela va quelques fois jusqu'à amoindrir l'expressivité de la forme. Mais c'est aussi pendant cette période qu'elle réalise deux grandes oeuvres: "Le premier pas" (photo 4) d'une jeune femme où l'on peut soit y voir le symbole d'un peuple qui se libère soit celui de la femme qui s'émancipe. La statue mesure deux mètres de haut et impressionne par la force qui se dégage de l'attitude et du regard. La seconde oeuvre, une commande, est restée jusque là unique dans son oeuvre: "Les Angelots" (photo 5). La facture en est parfaitement classique, mais la composition originale, les grappes de raisin faisant à la fois office de voile pudique et de lien entre les deux personnages. En 2004 elle réalise une statue de grande taille (1m40) appelée "Rebecca La source" (photo 6). Son visage tourné vers la droite est bien celui de cette jeune femme interpellée alors qu'elle revient de la source avec sa cruche qu'elle tient sur son ventre. La surprise, l'attente se peignent sur son visage, mais l'attitude du corps laisse percevoir sa confiance en soi, peut-être l'intuition de son destin. Aujourd'hui, Elisheva Copin continue d'explorer ses moyens d'expression, en sculpture mais aussi en peinture, évolution qui peut être suivie sur son superbe site Internet (www.elishevacopin.com). Sa foi dans son art reste inébranlable. Comme elle a dit un jour: "Mes mains, guidées pas mon âme, permettaient à mon esprit de se remplir, le traumatisme en bien, en beau. L’Art est Dieu, c’est ma religion, ma source et mon étincelle". Claude Broussy ______________________________________________________________________ ____________________________________ Le Stabat Mater de Marc Eychenne Ce texte du XIIIème siècle devint rapidement très populaire. Probablement écrit par un moine franciscain, il exalte le culte de Marie prôné par cet ordre à l'époque. Il s'agit d'une "Séquence", c'est-à-dire d'un chant qui prolongeait l'alléluia, entre l'épître et l'évangile. Cet usage s'était tellement répandu que le concile de Trente (1545-1563) ramena le nombre de séquences admises de quelques cinq mille à quatre! Le Stabat Mater fit partie des textes interdits, mais sa popularité ne faiblit pas, de nombreux compositeurs à commencer par Josquin des Prés en 1480, puis Palestrina, Pergolèse et beaucoup d'autres ayant écrit des motets sur ce texte. Il fut rétabli dans la liturgie catholique en 1727, pour la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs le 15 septembre. Le texte est particulièrement dramatique, même violent pris au premier degré, que la traduction française rend imparfaitement. Il comporte 20 versets que l'on peut regrouper en deux parties : Du verset 1 au verset 8, c'est le témoin de la crucifixion qui parle, horrifié par le spectacle de cette mère qui assiste à l'agonie de son fils. A partir du verset 9, ce même témoin prie directement la Sainte Mère de lui accorder de souffrir avec elle afin qu'elle le sauve des flammes de l'enfer à l'heure de sa propre mort. Marc Eychenne a résolument pris le parti de décrire la violence des sentiments qui agitent le "témoin" devant cette scène atroce, puis dans la deuxième partie (qui commence au verset 9, c'est-è-dire avec la quatrième partie de son œuvre) sa prière véhémente conjuguée à la peur du jugement dernier. Ecrite pour alto, soprano, chœurs et orchestre, l'œuvre est tout à fait dans la lignée du Requiem écrit en 1981, c'est-à-dire dans un style néo-classique, tantôt tonal tantôt polytonal, mais avec un expressionisme propre à Marc Eychenne dont l'écriture est toujours au service d'une évidente sincérité. Les 20 versets sont regroupés en 9 parties. Stabat Mater dolorosa Debout, la mère des douleurs Juxta Crucem lacrimosa, Se dresse, le visage en pleurs, Dum pendebat Filius. Sous la croix où son fils pend. Cujus animam gementem, Sa pauvre âme tant gémissante, Contristatam et dolentem, Et tant navrée et tant dolente, Pertransivit gladius. Un glaive aigu la pourfend. Une introduction pianissimo avec le chœur à bouche fermée expose un court thème de quatre notes, poignant dans sa simplicité, qui va être une des cellules de base de toute l'œuvre et qui est le leitmotiv de la douleur. Le chœur entonne alors les deux premiers vers pour aboutir au dernier, terrible "dum pendebat Filius". L'alto solo , bientôt accompagnée de la soprano, entonne le deuxième verset qui va culminer sur le mot "gladius", le glaive, sur un roulement de timbales. Le chœur reprend alors la première strophe. O quam tristis et afflicta Quelles peines, quelle agonie Fuit illa benedicta Subit cette mère bénie Mater Unigeniti! Près de son unique Enfant! Quae maerebat, et dolebat, Dans l'angoisse la plus amère, Pia Mater, dum videbat Elle voit, cette bonne mère, Nati poenas Inclyti. De son doux Fils, les tourments . Ces deux versets sont chantés par la soprano dans un climat douloureux témoignant de la compassion et de l'affliction profonde du "témoin". Quis est homo, qui non fleret, Quel homme ne fondrait en pleurs Matrem Christi si videret A voir la mère du Seigneur In tanto supplicio? En un supplice si grand? Quis non posset contristari, Qui n'aurait le cœur abattu, Christi Matrem contemplari Devant la mère de Jésus, Dolentem cum Filio ? Souffrant avec son Enfant? Pro peccatis suae Gentis Pour son peuple qui a péché, Vidit Jesum in tormantis, Elle voit Jésus torturé, Et flagellis subditum. Et les fouets qui le déchirent. Vidit suum dulcem natum Elle voit son Fils bien-aimé, Moriendo desolatum, Seul et de tous abandonné, Dum emisit spiritum. Qui, dans un grand cri, expire. Ici, dans cette partie chantée par le chœur, le témoin se révolte. Dans un mouvement d'abord modéré qui va aller en s'accélérant, accompagné d'un orchestre marquant le rythme haletant des questions, avec des déchirements de cuivres, de plus en plus violents, jusqu'à une transition dissonante qui introduit le troisième verset, tout aussi brutal dans ses ponctuations de cuivres. Le dernier verset commence sur un tempo assez lent. "Elle voit son Fils expirer". Sur "moriendo desolatum" le célesta évoque le thème du Dies Irae (qui fait penser à la prière des morts) au dessus d'un orchestre au triple pianissimo. La quatrième partie s'enchaîne sans interruption. Eia Mater, fons amoris, Bonne Mère, ô source d'amour, Me sentire vim doloris Faites-moi souffrir à mon tour, Fac, ut tecum lugeam. Pour que je pleure avec vous. Fac, ut ardent cor meum Allumez en mon cœur, le feu de In amando Christum Deum L'amour pour le Christ mon Dieu; Ut sibi complaceam. Que cet amour lui soit doux! Nous sommes donc maintenant dans la prière à la Mère de Jésus. Après une introduction par les altos et clarinettes, ces deux versets sont chantés par la contralto, sur une très belle mélodie en la majeur (les trois parties précédentes étant en la mineur). Sancta Mater, istud agas, Mère sainte, faites que j'aie Crucifixi fige plagas En mon cœur à jamais, les plaies Cordi meo valide. Du divin Crucifié. Tui nati vulnerati, Au martyre de votre Enfant, Tam dignati pro me pati Qui pour moi souffrit ces tourments Poenas mecum divide. Faites moi participer. Fac me tecum pie flere, Qu'avec vous, je pleure d'amour, Crucifixo condolere, Et qu'en croix, je sois, tout au Donec ego vixero. Cours de ma vie, à ses côtés. Le chœur de femmes va poursuivre la prière fervente, mais nous retrouvons la tonalité mineure, qui va annoncer l'anxiété au cœur du témoin, anxiété, peur même de la mort traduite par un nouveau rappel plus précis de la mélodie du Dies Irae dès l'introduction, par le hautbois. Juxta Crucem tecum stare, Près de vous, au pied de la Croix, Et me tibi sociare A vos pleurs associez-moi; In planctu desidero. C'est là mon pieux souhait. Virgo virginum praeclara, Vierge entre toutes glorieuse, Mihi jam non sis amara: Ne me soyez pas rigoureuse: Fac me tecum plangere. Aux vôtres mêlez mes pleurs. Fac ut portem Christi mortem Puissé-je avec le Christ mourir, Passionis fac consortem A sa passion compatir, Et plagas recolere. Et revivre ses douleurs! La prière devient plus ardente, le témoin souhaitant revivre la passion du Christ. Cette sixième partie, chantée par les ténors et basses, est une marche scandée par les cuivres et les percussions, qui va s'attendrir un moment lors de la deuxième strophe, nouvelle supplique adressée à la Vierge. La marche reprend identique sur le troisième verset pour se terminer par une coda aux cuivres dans des dissonances fulgurantes. Fac me plagis vulnerari, Blessez mon cœur de ses blessures, Fac me Cruce inebriari, Enivrez-moi des meurtrissures Et cruore Filii. Et du sang de votre Enfant Cette septième partie, chantée par les solistes et le chœur, atteint le sommet de l'attrition et de l'exaltation; Le premier vers entonné par l'alto sur une mélodie dramatique est scandé d'accords violents de l'orchestre, le chœur chante "vulnerari" sur le thème de la douleur qui ouvrait le Stabat Mater. le deuxième vers répété seize fois; Une descente chromatique du hautbois puis de la clarinette introduit le dernier vers où le thème de la douleur s'impose, la prière se faisant de plus en plus recueillie. Flammis ne urat succensus, L'enfer me jette dans l'effroi, Per te, Virgo,sim defensus De ses flammes défendez-moi In die Judicii. Au grand jour du jugement Christe, cum sit hinc exire, Puissé-je, à l'heure du départ, Da per matrem me venire Christ, par votre mère, avoir part Ad palmam victoriae. Aux palmes de la victoire! Ici, le témoin ne pense plus qu'à sa mort et au jugement dernier. Il espère que sa prière lui obtiendra le pardon et lui évitera l'enfer. Cette partie est chantée par le chœur à huit voix. Un roulement de timbale crescendo introduit le chœur sur les paroles du premier vers déclamé sur une note, sur un rythme très marqué. Cette strophe est répétée trois fois A la troisième répétition, le thème du Dies Irae se fait entendre à l'orchestre, sous le premier vers. Finalement, le "In die Judicii" est chanté sur une variation de ce thème. Quando corpus morietur, Et quand mourra mon pauvre corps, Fac ut animae donetur Faites entrer mon âme alors Paradisi gloria. Amen Dans la gloire du Paradis. Amen Le finale commence dans le climat d'inquiétude créé par des notes éparses du marimba pendant que l'alto chante cette strophe dans le grave. Sur l'évocation du paradis, la flûte et le hautbois l'entoure de volutes aériennes. Le chœur reprend le texte, cette fois accompagné par un orchestre plus lumineux. Une longue descente chromatique introduit une dernière répétition, a capella, suivie des deux derniers vers par les solistes, dans un climat cette fois confiant. Un amen très court laisse la place à l'orchestre qui termine par une très belle coda, toute en douceur, le chœur et les solistes énonçant un dernier amen. CLAUDE BROUSSY
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