Site de Claude BROUSSY
Critiques Musicales (suite)
Opéra de Hambourg UNE NOUVELLE ETOILE SORT DE JACOB CREATION MONDAILE C’est un « opéra de Noël » que Rolf Liebermann, l’intendant de l’opéra de Ham-bourg, vient d’offrir à ses « fidèles » en création mondiale : il s’agit de l’œuvre fort curieuse commandée au musicien suisse Paul Burkhard et intitulée Une étoile sort de Jacob, représentation musico- dramatique des évène-ments lors de la naissance du Christ. Dans le programme, Paul Burkhard explique qu’il s’est donné pour but de faire revivre de façon concrète ces évènements en suivant certes scrupuleusement les Evangiles, mais aussi en les replaçant dans leur contexte historique, en particulier de l’attente d’un Mes-sie dans l’optique de l’Ancien Testament dont est extrait d’ailleurs le titre. A cet effet, il a ajouté dans le livret qu’il a écrit lui-même, aux personnages des Ecritures des comparses qui soit ajoutent à la couleur locale (un capitaine romain, un savant à la cour d’Hérode), soit soutiennent la trame de l’action (l’ermite Michel à la recherche de Dieu, accompagné du jeune Daniel, un résistant juif se cachant sous les habits d’un mendiant). Ce livret très réussi a été mis en musique avec un grand souci de réalisme. Burkhard a étudié les chants religieux les plus anciens conservés par les juifs et l’église orthodoxe et a composé suivant ces modèles. Aux solistes sont donc confiés des mélodies de psaumes accompagnées essentiellement de longues notes tenues d’un chœur placé dans la fosse d’orchestre, tandis que les instruments (bois, cuivre et percussion) interviennent dans les in-terludes et pour soutenir de rythmes colorés les chœurs sur la scène. Là aussi, Paul Burkhard a tenté d’être proche des sonorités de l’époque en n’utilisant que les instruments dont le timbre est analogue à celui des instruments anciens, allant jusqu’à faire reconstituer deux énormes gongs tels qu’en conserve une église de Jérusalem. La mise en scène de Leopold Lindtberg dans un beau décor très simple de Filippo Sanjust (quelques rochers au premier plan devant un grand ciel lumineux) et l’admirable distribution concourent au succès de l’œuvre : citons Arlene Saunders (Marie), Vladimir Ruzdak (Joseph), Elisabeth Steiner (Rrachel), Hans Sotin (l’ermite), Ursula Koszut (la femme d’Hérode) et le rôle parlé de Leonard Steckel qui campe un Hérode à la fois sanguinaire et poursuivi par sa conscience. Il n’y a à mon sens aucune raison d’en vouloir à Burkhard – comme l’ont fait certains collègues allemands – d’avoir essayé de reconstituer l’ambiance de la naissance du Christ tant en musique qu’en décors, le seul critère devant être celui de la qualité de l’œuvre, d’ailleurs sûrement plus proche des Evangiles que bien des crèches que l’on voit dans les églises. S’il se dégage de l’ensemble une certaine monotonie, c’est une œuvre agréable à voir et à entendre, qui ne manque pas de beaux moments et de scènes expressives, surtout dans la deuxième partie. Il est d’ailleurs symptomatique du problème musical que pose cette conception que plus l’œuvre progresse, moins le compositeur s’en tient à la stricte imitation qu’il s’est donné pour règle, plus l’accompagnement se colore et la partition gagne en richesse. C’est une œuvre en tout cas très originale qui devrait pllaire à un large public, comme en témoigne son succès à Hambourg, plus net auprès du public d’abonnés que de celui de la première. C BROUSSY L’entracte N° 387 di 1 er  février 1971
UNE PREMIERE AUX ETATS-UNIS LA GRANDE MISERE DE LA POLITIQUE CULTURELLE FRANCAISE  LA DIFFERENCE CULTURELLE DANS LES FAITS D';4:'~T~~,. 3l;;"~' PAR CLAUDE BROUSSY «Çonnaissance des Hommes» avait rendu compte en mars/avril 1989 du succès d'un requiem contemporain dans  le style néoclassique composé par Marc Eychenne. Depuis,l’ oeuvre a été enregistrée sur disque "CD (Auvidis V 4626), créée à Paris en 1'église de la Madeleine, nominée pour les .Victoires de la Musique en 1990, et, entre autres jouée au festival de La Chaise Dieu. C'est peut- être scandaleux aux yeux (ou aux oreilles!) des puristes de la modernité, mais il est évident que cette oeuvre touche les auditeurs et qu'ils en sont reconnaissants au compositeur. Ayant envoyé le CD à un ami américain,ami américain, le CD finit par aboutir ,au printemps 1990 entre les mains d'un chef de chorale de la banlieue résidentielle de New York. Steven Finch, c'est son nom, décida de mettre l’oeuvre au répertoire de la chorale et donc de diriger la première américaine. Le seul problème, c'était de trouver l'orchestre. La première idée des Américains fut de penser que la France pourrait peut- être contribuer à la diffusion à l'étranger d'une oeuvre musicale contemporaine en finançant le déplacement de l'orchestre Pro Arte accompagné du chef d'orchestre Daniel Stirn qui a plusieurs fois dirigé  le requiem. Daniel Stirn, avec son enthousiasme habituel, prend contact avec les institutions chargées de la diffusion de la culture française: la Fondation pour la  Création Musicale et l'Association Française d' Action Artistique. La chorale, de son côté, prend contact avec le Bureau de la Musique Française et le service culturel de l'Ambassade de France à New York. Le budget (cachets et transport) s'élève à cinq cent mille francs. Cet argent ne sera pas trouvé. Début 1992, les répons négatives parviennent à Daniel Stirn comme à Steven Finch. Celui-ci finit alors par décider les responsables de la chorale de financer un orchestre américain.- Mais leur budget limité ne permet qu'une exécution, et seulement dans la salle (gratuite), du conservatoire de leur ville (Huntington). Or, tout le monde est conscient de ce que le retentissement de cette première serait tout autre si elle avait lieu dans la City de New York. Bien sûr, il faut louer une salle et avoir un budget de publicité important. Il en résulte une nouvelle tentative d'intéresser notre ministre de la Culture à l'opération. Cette fois-ci, le budget ne serait que de cent cinquante mille francs. Nous sommes alors en 1993, en plein dans la discussion du GATT sur la différence culturelle à propos des subventions aux oeuvres artistiques. Quelle chance inouïe pour un Ministre que de pouvoir encourager cette création à laquelle il pourrait assister et démontrer ainsi, en plein centre de New York, que la culture française existe! Raisonnement simpliste! Malgré l'avis favorable du Conseiller Technique de M. Jacques Toubon, le Directeur de la musique et de la danse répondra en janvier 1994 que: «malgré l'intérêt du projet, il ne sera malheureusement pas possible de lui réserver une suite favorable en 1994». L'attaché culturel de r Ambassade de France à New York intervient auprès de l'Association Française d'Action artistique, qui, elle, dépend du ministère des Affaires Etrangères : réponse également négative, il n'y a pas d'argent! La première avec orchestre à New York sera donc annulée, mais la chorale veut tout de même inviter le compositeur et sa femme, et ils puiseront sur leurs fonds pour leur offrir le billet d'avion. Les américains ont, bien  fait les choses. Le concert donné donc par la Chorale de Hundington, l'orchestre «The New York Virtuosi Chamber Orchestra» et la contralto Martha Dunn Machalakos, a lieu le 30 avril et il est consacré à la musique française. En première partie, le Laudate Dominum de Michel Corette dans la reconstitution par J. Harvard de la Montagne. La seule originalité de l'oeuvre est d'utiliser les thèmes des Quatre Saisons de Vivaldi, sur lesquels sont chantées les paroles liturgiques ! En deuxième partie, le Requiem. Même donné avec des moyens vocaux et orchestraux plus restreints que ceux auxquels les exécutions françaises nous avait habitués, il conserve sa puissance d'émotion. Marc Eychenne, sur la scène du Conservatoire de Huntington recevra l ovation du millier d'auditeurs. Voilà, La France n'a pas cent cinquante mille francs pour marquer l'histoire de la musique. En effet, le voisinage du Requiem avec l'oeuvre de Corette est intéressant: Lui non plus n'a pas fait «progresser» le langage musical. Pis, il s'est surtout contenté d' orchestrer  des chansons populaires ou les  thèmes d’autres musiciens. Or, son nom est encore connu aujourd'hui, et ses oeuvres jouées de-ci de-là. Marc Eychenne, si son langage s'inscrit dans la lignée de Poulenc, a atteint dans son requiem une originalité due à la sincérité des sentiments profonds qu'il exprime et qui va donc bien au delà de la maigre invention d'un Michel Corette. Seulement, cela n'intéresse pas les snobs qui décident pour quoi seront dépensés les millions de francs destinés à aider la vie artistique de notre pays. Claude Broussy (Connaissance des Hommes N°13)