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Beethoven: traductions et articles
Beethoven : Autour de la lettre à « l’Immortelle Bien-Aimée » RETOUR SUR BEETHOVEN Le petit neveu de Beethoven raconte... Les pianos de Beethoven QUE DU BEETHOVEN VOUS ETES FOU! Mais si, Victor Hugo était mélomane! Des lettres inédites de Beethoven Il s'agit là pour la plupart de documents publiés par les Archives de Beethoven à Bonn. Mes traductions ont été publiées, mais sont sans doute introuvables aujourd'hui. Ces textes sont très importants pour la biographie de Beethoven. Les autres textes sont des articles sur Beethoven. Beethoven : Autour de la lettre à « l’Immortelle Bien-Aimée » Par Sieghard Brandenburg, Traduction Claude Broussy Deux documents beethovéniens ont toujours attiré plus que tous les autres l'attention des mélomanes: le « Testament de Heiligenstadt » et la lettre à « l'Immortelle Bien- Aimée ». Tous les deux ont influencé considérablement !'image que la postérité s'est faite de Beethoven. L'un montre l'artiste qui, bouleversé par la découverte de !'incurabilité de sa maladie et de ses conséquences, décide néanmoins de continuer, l'autre l'amoureux malheureux, qui renonce à une liaison pour des raisons morales et par respect pour sa mission d'artiste. Cette lettre a d'autant plus fasciné qu'elle est entourée d'un mystère: le nom de la destinatrice n'est pas mentionné, l'endroit et la date ne sont pas non plus indiqués avec précision. Comme le Testament de Heiligenstadt, cette lettre fut trouvée dans la succession de Beethoven. Elle parvint ensuite en possession de son secrétaire, Anton Schindler, qui la conserva longtemps dans un de ses dossiers sous le « N° 6 ». Ce document lui paraissait si important que, lorsqu'il vendit sa collection en 1845 à la Bibliothèque Royale de Berlin, il la garda pour soi. Ce n'est qu'en 1880, longtemps après la mort de Schindler, qu'elle fut réunie au reste de la collection où elle se trouve encore. La lettre se compose de deux pages doubles d'environ 200 par 238 mm et d'une page simple de 201 par 119 mm. Le texte est entièrement écrit au crayon. Un examen plus approfondi permet de constater qu'il est entièrement repassé également au crayon, certainement par Schindler, qui a sans doute voulu renforcer la lisibilité du texte. Il est possible que cela fut fait lors de la reproduction partielle en fac-similé que Schindler publia en 1860 en annexe à sa troisième édition de sa bibliographie de Beethoven. L'inscription à l'encre rouge: « N° 6 » sur la première page, ainsi que la numérotation des pages au crayon rouge sont également de Schindler. Voici le texte de la lettre: Le 6 juillet au matin Mon Ange, mon tout, mon Moi. - Seulement quelques mots aujourd'hui, et d'ailleurs au crayon (avec le tien) - ce n'est que jusqu'à demain que mon logement est sûr, quelle misérable perte de temps pour ça - pourquoi ce profond chagrin, alors que la nécessité parle - Est-ce que notre amour peut exister autrement que par des sacrifices, en n'exigeant pas tout, peux-tu changer le fait que tu ne sois pas toute à moi, que je ne suis pas tout à toi - ah Dieu, regarde la belle nature et calme tes esprits sur ce qui doit être - l'amour exige tout et bien avec raison, il en est ainsi de moi avec toi, de toi avec moi - seulement tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi, si nous étions complètement unis, tu ressentirais cette douleur aussi peu que moi - Mon voyage fut épouvantable, je n'arrivai ici qu'hier à 4 heures du matin, comme on manquait de chevaux, la poste choisit une autre route, mais quel chemin épouvantable, à l'avant-dernier relais on me mit en garde de ne pas voyager de nuit, on me fit craindre une forêt, mais cela ne fit que m'exciter - et j'avais tort, la voiture ne pouvait que se casser sur ce chemin épouvantable, défoncé, un simple chemin de campagne, sans les deux postillons remarquables que j'avais, j'y serais resté. Esterhazi eut sur l'autre chemin habituel le même sort avec 8 chevaux que moi avec quatre. - pourtant j'ai eu en partie un certain plaisir, comme toujours, quand je surmonte heureusement quelque chose. - Maintenant rapidement de l'extérieur à l'intérieur, nous allons certainement bientôt nous voir, aussi aujourd'hui je ne peux pas te faire part des remarques que je fis sur ma vie pendant ces quelques jours - si nos cœurs étaient toujours l'un près de l'autre, je ne les aurais pas faites, ma poitrine est pleine de choses à te dire - Hélas - Il y a des moments où je trouve que le langage, ce n'est vraiment rien encore - égaye-toi - reste mon Fidèle et unique trésor, mon tout, comme moi pour toi le reste doivent décider les Dieux, ce qui doit advenir et adviendra de nous. ton fidèle ludwig.- Lundi soir le 6 juillet Tu souffres mon très cher être - je viens juste de réaliser que les lettres doivent être remises de très bonne heure. Les lundis - jeudis - les seuls jours où la Poste va d'ici à K. - tu souffres - Ah 1 où je suis, tu es avec moi, je parle à moi et à toi, fais en sorte que je puisse vivre avec toi, quelle vie !!!! ainsi !!!! sans toi - poursuivi ici et là par la bonté des hommes, que j'estime - aussi peu vouloir mériter que je la mérite - Abaissement de l'homme devant l'homme - il m'afflige - et quand je me considère dans l'ensemble de l'univers, ce que je suis et ce qu'est celui - que l'on nomme le plus grand - et pourtant - c'est à nouveau là qu'est le divin dans l'homme - je pleure quand je pense que tu ne recevras vraisemblablement que samedi la première nouvelle de moi - quelle que soit la force de ton amour - je t'aime pourtant encore plus - pourtant ne te cache jamais de moi - bonne nuit - comme baigneur je dois aller dormir- (rayé: ô viens avec moi, viens) Ah dieu - si près ! si loin ! n'est-ce pas un véritablement édifice céleste que notre amour - mais aussi solide que la voûte du ciel. bonjour le 7 juillet - au lit les idées se pressent déjà vers toi mon Immortelle Bien- Aimée, ici et là joyeuses, puis à nouveau tristes, attendant du destin de savoir s'il nous exauce - vivre, je ne le peux que tout avec toi ou pas du tout, j'aï décidé d'errer au loin jusqu'à ce que je puisse voler dans tes bras, et me considérer comme tout à fait dans ma patrie près de toi, que je puisse envoyer mon âme entourée de toi dans le domaine des esprits - oui malheureusement il le faut - tu l'accepteras d'autant plus que tu connais ma fidélité par devers toi, jamais une autre ne pourra posséder mon cœur, jamais - jamais - ô Dieu pourquoi devoir s'éloigner de ce que l'on aime tant, et pour- tant ma vie à V. est comme ici une vie misérable - Ton amour me rend à la fois le plus heureux et le plus malheureux - à mon âge maintenant j'aurais besoin d'une certaine uniformité égalité de la vie - est-ce possible dans notre cas? - Ange, j'apprends à l'instant que la Poste part tous les jours - je dois donc terminer, pour que tu reçoives tout de suite la lettre - sois calme, ce n'est que par une calme considération de notre destin que nous pouvons arriver à notre but de vivre ensemble - aime-moi- aujourd'hui - hier - Quelle aspiration avec des larmes vers toi - toi - ma vie - mon tout - porte-toi Bien O aime-moi toujours - ne méconnais jamais le très fidèle cœur de ton aimé. éternellement à toi éternellement à moi éternellement à nous. A qui Beethoven a-t-il adressé cette lettre passionnée? La question a occupé des générations de chercheurs. Elle a provoqué, depuis la première publication de la lettre en 1840 dans la biographie de Beethoven par Schindler, une abondance de littérature absolument incalculable. Ce ne fut pendant longtemps que des spéculations, jusqu'à ce que les critères permettant de déterminer !'inconnue soient peu à peu reconnus. La date est le repère le plus important. Beethoven a certes omis t'année et seulement daté avec un « matin du 6 juillet », «lundi soir le 6 juillet » et « bonjour le 7 juillet », pourtant on peut en déduire l'année avec une certaine sûreté. Le 6 juillet tomba un lundi en 1795, 1807, 1812 et 1818 ; les années antérieures et postérieures peuvent être éliminées. Même 1795 et 1801 seraient trop tôt: Beethoven dit dans sa lettre: «A mon Âge, j'aurais besoin d'une certaine uniformité, égalité de la vie ». Il a égaIement atteint un tel niveau de célébrité qu'il en souffre. Ses contemporains sont ou trop importuns ou trop obséquieux. Vis-à-vis de sa bien-aimée, il s'exprime plus modérément: « Poursuivi ici et là par la bonté des hommes, que j'estime aussi peu vouloir mériter que je la mérite. Abaissement de l'homme devant l'homme, il m'afflige ». Beethoven doit donc être déjà à un âge avancé. Les années 1807 et 1818 ont été éliminées pour des raisons diverses qui n'ont pas besoin d'être toutes répétées ici. Beethoven passa l'été de 1807 à Baden, celui de 1818 à Môdling, deux localités si proches de Vienne (moins de 25 km) et reliées par de si bonnes routes qu'il n'aurait pas eu besoin d'une voiture à quatre chevaux ni de passer la nuit à voyager. La seule année vraisemblable est 1812, ce que confirme aussi l'examen du papier de la lettre. Il est donc reconnu aujourd'hui par la recherche beethovénienne que la lettre fut écrite les 6 et 7 juillet 1812. Après avoir fixé la date de la lettre, de nombreux détails trouvent leur explication. Le lieu de la rédaction est la localité de Bohême Bad Teplitz (aussi écrit Tôplitz, en tchèque Teplice, à environ 100 km au nord de Prague). Les voyages de Beethoven en été et automne 1812 sont bien documentés. Le 28 juin, Beethoven était encore à Vienne. Ce même soir ou le lendemain matin, il partit pour Prague. Il y est arrivé le 1er' juillet et descend à l'auberge « Au Cheval Noir ». Le 2 juillet, il rencontra Karl August Varnhagen von Ense et convint avec lui de se revoir le lendemain soir. Beethoven ne tint pas cet engagement. Il s'excusa plus tard de ce manquement qu'il qualifia lui-même de « presque inconvenant ». Un événement imprévu était survenu. Pendant son séjour à Prague, Beethoven discuta avec le prince Kinsky de sa pension et obtint un acompte de 60 ducats. Le matin du 4 juillet, Beethoven partit pour Teplitz en même temps, comme il l'indique dans sa lettre, que l'envoyé autrichien à la cour de Dresde, Paul Anton Esterhazy. La route vers Teplitz conduisait d'abord à Schlan. De là, il y avait deux routes possibles, l'une par Laun et Bilin, l'autre par Budin et Lobositz. La route que Beethoven prit est controversée, les deux étant « habituelles ». Il est possible qu'il choisit d'aller par Lobositz et décida d'un raccourci utilisé seulement par les cochers de fiacre. Beethoven serait donc entré à Teplitz par la « Waldtor » (Porte de la Forêt). On sait par les récits contemporains qu'il avait abondamment plu pendant plusieurs jours. La chaussée d'un chemin de campagne pouvait donc être « défoncée ». Arrivant le 5 juillet de nuit, à quatre heures du matin, Beethoven ne trouva d'abord qu'un logement provisoire au « Soleil d'Or ». Ce n'est que le 7 juillet qu'il put définitivement s'installer à l'auberge « Au Chêne ». C'est à cette adresse qu'il fut enregistré le jour même dans la liste des baigneurs de Teplitz. Il avait commencé la célèbre lettre la veille. La destination en était « K », manifestement Karlsbad. Il crut par mégarde que la Poste ne partait pour cette destination que deux fois par semaine, lundi et jeudi. Il pensait que les lettres devaient être remises de très bonne heure et calculait qu'une lettre postée le jeudi n'arriverait à « K » que le samedi. Il en résulte qu'il ne peut guère être question d'un autre lieu que Karlsbad. Le 7 juillet, Beethoven constate que la Poste part tous les jours. Son erreur s'explique de façon très satisfaisante: Beethoven avait dû lire une affiche postale ou plus vraisemblablement un avis dans un des guides pour curistes. En effet, il pouvait y lire que le courrier pour Saaz, Karlsbad et Eger était à remettre de bonne heure le lundi et le jeudi. Et il pouvait également y lire que les lettres de Teplitz étaient délivrées normalement le mercredi et le samedi. Il avait sans doute omis de lire une note imprimée en petits caractères valable seulement pour la saison des bains: « A partir du 15 mai et jusqu'au 15 septembre, la Poste vient tous les jours de bonne heure de tous les chefs-lieux des provinces impériales de l'Est et repart aussi tous les jours la matin à 11 heures ».  Beethoven se sentait très seul à Teplitz, ainsi qu'il l'écrivit à Varnhagen le 14 juillet. Pourtant, il y s'y trouvait une vieille connaissance de Vienne, qui était arrivé à peu près en même temps, le prince Karl Lichnowsky. Il semble que leur vieille amitié s'y soit réchauffée. Le 14 juillet, Gœthe arriva à Teplitz et le 24 (selon la liste des curistes) le couple von Arnim. (Bettina rendit compte plus tard en détail de la rencontre de Beethoven avec Gœthe.) C'est au plus tard le 26 juillet que Beethoven est reparti pour Karlsbad. Il semble qu'il n'ait prévu qu'un court séjour de quelques jours, mais il resta pourtant jusqu'au 7 août. Dans la déclaration à la police, il est indiqué comme résident dans l'auberge « A l' œil de Dieu sur la Prairie » à partir du 31 juillet. Dans la même maison habitaient depuis le 5 juillet des amis de Vienne, le couple Franz et Antonie Brentano avec ses enfants. Le 6 août, Beethoven donna avec le violoniste Polledro un concert au profit des victimes de l'incendie de Baden. Le lendemain, il partit, sans doute avec les Brentanos, pour Franzensbad. Il y est enregistré le 8 août comme curiste. Là aussi il habitait dans la même auberge que les Brentanos, « Aux Deux Lions Dorés ». C'est environ un mois plus tard que Beethoven entreprit le voyage de retour vers Teplitz. Le 8 septembre, il rendit visite à Karlsbad à Gœthe qui y était parti entre temps. Au plus tard le 16, il est de retour à Teplitz où il resta jusqu'à la fin du mois, couché, soigné par la jeune chanteuse berlinoise Amalie Sebald. Voilà en quelques traits l'itinéraire de Beethoven à l'été 1812. « Maintenant (passons) rapidement de l'extérieur à l'intérieur » écrit Beethoven, après avoir rendu compte de son voyage. Suivons ses pensées. De quelles sortes étaient ses relations avec !'inconnue? Il est évident que son amour est partagé. On n'y trouve pas cette quête et cette défense comme dans les lettres à Joséphine Deym. La nouvelle relation tend vers son accomplissement: (( l'amour exige tout et bien avec raison, il en est ainsi de moi avec toi, de toi avec moi )). Cependant, les deux amants sont malheureux. Ils ne souffrent pas seulement à cause d'une séparation momentanée, mais parce qu'il semble il y avoir un obstacle qui s'oppose de façon permanente à leur union. Eux-mêmes ne peuvent rien changer à leur situation. Il ne leur reste qu'à se résigner à leur destin et à espérer qu'il changera: « ce n'est que par une calme considération de notre destin que nous pouvons arriver à notre but de vivre ensemble »). Le doute à ce sujet est perceptible dans toute la lettre. On peut en déduire assez sûrement que la Bien-Aimée était mariée. En effet, il a toujours été souligné dans la littérature ancienne sur Beethoven qu'il avait des principes moraux très forts pour lui comme pour les autres quant aux liaisons avec des femmes mariées. C'était certainement vrai, mais il n'en a pourtant pas été exempt. Même le prude biographe Thayer qui chercha plutôt à masquer cet aspect de la vie de Beethoven, a évoqué deux de ces liaisons: « Nous pourrions citer ici les noms de deux femmes mariées pour lesquelles B., ultérieurement (après 1800), eut des sentiments chaleureux ; comme celles-ci ont heureusement échappé jusqu'ici aux recherches des éboueurs de la littérature,. elles resteront anonymes ici aussi. Certains de ses amis avaient l'habitude de le moquer au sujet de ces femmes, et il est vrai qu'il éprouvait un certain plaisir à leurs plaisanteries, même quand les allusions sur les limites de l'amour platonique qu'auraient dépassées ses sentiments étaient quelque peu grossières ».. Thayer eut encore la possibilité d'interroger lui-même des amis et des relations de l'entourage de Beethoven. Ses informations sont certainement de bonne source. Et l'on peut aussi lui accorder qu'il n'avait aucun intérêt à répandre des rumeurs ou des spéculations. Dans un autre chapitre de sa biographie, il revient sur ce sujet délicat. Il suppute qu'il y eut dans les années 1816/1817 « des sentiments passagers mais très forts de Beethoven pour une femme mariée ». Le nom de cette dame lui était, dit-il, connu. Il ne le révéla pas, mais indiqua seulement « que son époux était un homme de haute situation et réputation, mais pas de haute naissance ». Pourtant, Thayer pense que Beethoven n'a jamais dépassé les limites fixées par les conventions et ses propres principes: « une recherche soigneuse n'a pas permis de trouver la moindre preuve qu'il n'aurait pas été, précisément, dans ces cas, fidèle à ses principes ». D'autres biographes ont été d'opinion contraire, précisément quant aux rapports avec l'Immortelle Bien-Aimée. Mais la lettre d'amour des 6 et 7 juillet 1812 ne peut guère servir de preuve dans ce sens. Beethoven y lutte pour renoncer. Au début, il rappelle à la bien-aimée que tout n'est que désir. Plus loin il lui fait part de sa décision de s'éloigner, « d'errer longtemps au loin ». Car sa « vie à V(ienne) est comme ici une vie misérable ». La liaison avec l'inconnue s'y est donc développée. La bien-aimée a son domicile à Vienne. La séparation des deux amants a dû avoir lieu peu avant le 6 juillet. Beethoven ne décrit son voyage qu'à partir de Prague ou même de Schlan. A la fin de la lettre, il parle de son « aspiration avec des larmes aujourd'hui, hier ». On peut en déduire qu'ils se sont encore vus à Prague, donc entre le 1er et le 4 juillet. Beethoven sait que la bien- aimée séjourne à Karlsbad dans la semaine du 6 juillet. Il connaît ses projets de voyage et espère une rencontre dans un futur proche: « nous allons certainement bient6t nous voir ». Peut-être ont-ils voyagé ensemble de Prague à Schlan ? La lettre contient une indication sur une autre source qui apporte quelque lumière sur la relation avec la bien-aimée inconnue et sur elle-même. Beethoven mentionne quelques remarques qu'il fait depuis quelques jours sur sa vie. Ne penserait-il pas au célèbre journal qu'il commença en 1812 et tint jusqu'en 1818 ? Il aurait pu être commencé en tant que journal de voyage à l'occasion de la séparation avec la bien-aimée. Dans la lettre, il est dit: « Si nos cœurs étaient toujours l'un près de l'autre, je ne les aurais pas faites (ces remarques) ». La première inscription dans le journal qui ne nous est parvenu cependant que sous forme d'une copie, sans doute incomplète et pleine de fautes, est: « Résignation, résignation intime à ton destin, il n'y a qu'elle pour pouvoir te donner le sacrifice - à ton travail - ô dur combat! - Tout employer ce qui est encore à faire pour projeter le grand voyage - tout dois-tu - trouver, ce qui préserve ton souhait le plus cher, il faut donc te l'arracher. - observer absolument la même disposition d'esprit. Tu ne dois pas être homme, pas pour toi, seulement pour les autres, pour toi il n'y a plus d'autre bonheur qu'en toi-même et dans ton art - ô Dieu! donne-moi la force de me vaincre, rien ne doit m'attacher à la vie. - En continuant de cette façon avec A tout s'écroule ». Bien que Beethoven se soit décidé au renoncement, cette inclination pour la bien-aimée inconnue, dont le prénom commence peut-être par A, se maintint des années. Fanny Giannatasio dei Rio nota en septembre 1816 une conversation avec Beethoven, au cours de laquelle il lui dit être prisonnier d'un amour malheureux : « Depuis cinq ans, il avait fait la connaissance d'une personne, qu'épouser aurait été le plus grand bonheur de sa vie. Il n'en était pas question, c'était presque une impossibilité, une chimère. Pourtant c'est aujourd'hui comme au premier jour. Je n'ai pas encore pu le chasser de mon âme, furent ses mots ». Selon que l'on compte l'année 1816 ou non, il en résulte que 1811 ou 1812 vit le début de cet amour. Il n'est pas douteux que la personne dont il est question en 1816 est l'Immortelle Bien- Aimée. A son élève d'autrefois, Ferdinand Ries, il écrivit le 8 mai de la même année, après lui avoir demandé de saluer sa femme: « malheureusement je n'en ai pas, je n'en trouvai qu'une, que je posséderai sans doute jamais ». Apparemment il n'avait pas encore tout à fait perdu l'espoir. Dans son journal se trouvent en 1816-1817 d'autres notes qui se rapportent également à l'Immortelle Bien-Aimée. Elles contiennent d'ailleurs une nouvelle indication: « Au sujet de T., il n'y a rien d'autre que s'en rapporter à Dieu, ne jamais y aller, où on pourrait faire tort par faiblesse (,) seulement à lui, lui seul, Dieu Omniscient, que tout cela lui soit confié! « Pourtant envers T (être) aussi bon que possible son attachement mérite de ne jamais être oublié - même si mal- heureusement aucune suite favorable pour toi ne puisse en résulter ».  Si celui qui a recopié le journal ne s'est pas trompé, T est une autre initiale du prénom de l'inconnue. Bien que Sonneck ait terminé en 1927 sa vaste étude sur cette énigme sans pouvoir donner de solution et ajoutait la sympathique remarque: many of us will not regret this at all in these days when privacy is fast becoming obsolete and publicity of private affairs a curse », la recherche de l'inconnue continua. Depuis 1840, date de la première publication de la lettre d'amour, de nombreux noms ont été proposés. Beaucoup durent être ensuite écartés en raison des critères indiqués par Thayer, Thomas-san-Galli, Unger et Sonneck : Giulietta Guicciardi, Bettina Brentano, Therese Brunsvik, Therese Malfatti, Antonie Adamberger, Amalie Sebald, Anna Maria Erdödy, Dorothea Ertmann. La phrase de Max Unger est toujours valable: « Chaque solution du problème, qui tend à prouver l'identité d'une personne donnée avecl’'Immortelle Bien-Aimée, sans tenir compte des données sûres déjà connues mais au contraire en s'entourant d'un brouillard d'hypothèses imaginaires et de déformations arbitraires, doit être exclue du domaine de la science exacte et rejetée dans celui du roman ou du feuilleto ». Récemment, spécialement depuis que sont connues plusieurs lettres d'amour qui lui sont adressées, Joséphine Brunsvik, la sœur de Thérèse et la cousine de Giulietta Guicciardi, a été prise en considération. Sa connaissance avec Beethoven remonte à la fin des années 1790. Veuve du comte Deym, elle fut très proche de Beethoven entre 1804 et 1807, En 1812-1813, son deuxième mariage avec le Baron Stackelberg échoue. Elle pourrait, sur le plan psychologique, être tout à fait une candidate possible. Mais les données concrètes ne coïncident pas. Les initiales de son prénom, en entier ou abrégé, ne sont pas celles du journal de Beethoven, son séjour à Prague et Karlsbad en, 1812 ne peut être prouvé. Les partisans de cette thèse s'en sortent trop souvent en déclarant que tel ou tel critère est à exclure et se libèrent ainsi de la preuve à apporter. En 1972, Maynard Solomon pensa à Antonie Brentano, et, en fait, son hypothèse a de nombreux arguments. Antonie, femme mariée et mère de plusieurs enfants, habitait à nouveau depuis 1809 à Vienne. Elle était entre le 2 et le 4 juillet à Prague. Selon une notice d'un journal praguois, sa famille arriva le 3 juillet et habita « la Maison Rouge ». Antonie eut donc la possibilité de rencontrer Beethoven; Peut-être est- ce même cette rencontre, qui n'est cependant pas prouvée par des documents, la raison pour laquelle Beethoven ne tint pas sa promesse de rendez-vous avec Varnhagen, le même jour. Il semble possible que Beethoven et les Brentanos, qui arrivèrent à Karlsbad le 5 juillet, aient fait une partie du chemin ensemble, jusqu'à Schlan. Antonie et sa famille restèrent à Karlsbad jusqu'au 7 août. Beethoven les y rejoignit, comme indiqué ci-dessus fin juillet. Ensemble, ils partent en août pour Franzensbad. A Karlsbad et Franzensbad, Beethoven et Antonie habitèrent l'un près de l'autre dans les mêmes auberges. Les indices provenant du journal de Beethoven correspondent aussi. Son prénom commence par A, mais abrégé en Toni, forme utilisée par ses amis, par T. Il est prouvé que Beethoven utilisa aussi cette forme. D'autres indices furent apportés, qui ne conduisent cependant pas plus loin. Antonie Brentano remplit toutes les conditions connues jusqu'à ce jour pour être identifiée comme étant !'Immortelle Bien-Aimée. Mais il faut souligner qu'il s'agit d'indices qu'aucun juge de divorces ne tiendrait pour suffisants! D'ailleurs, rien de ce qui est écrit dans la lettre et le journal au sujet de l'attitude des deux amants ne permet de penser qu'il y eut adultère. Toutes les démonstrations qui cherchent à prouver que Beethoven eut des relations adultérines et non sans conséquences ne trouvent aucune confirmation dans les documents. La thèse de Solomon n'a pas été acceptée sans contestation. Dans des recherches postérieures, c'est à nouveau Joséphine Brunsvik qui est proposée. Mais aucun des documents mis à jour avec la succession Deym n'a permis de consolider cette hypothèse. Au contraire, il est devenu plus vraisemblable que Joséphine se trouvait début juillet 1812 à Vienne et non pas à Prague ou dans les villes d'eaux du nord de la Bohème. Les auteurs se trouvèrent obligés d'inventer de nombreuses hypo- thèses non documentées. Leurs arguments se réduisent à un seul: la similitude du vocabulaire dans les lettres à Joséphine et celle à !'Immortelle Bien-Aimée, quand Beethoven exprime ses sentiments amoureux. En déduire l'identité des destinatai- res est bien discutable. Par contre, les arguments apportés par ces auteurs contre la thèse Brentano sont plus intéressants. Antonie vécut jusqu'à sa 18e année à Vienne. Son père, Johann Melchior von Birkenstock, ouvrait sa maison aux artistes. Il est tout à fait possible que Beethoven ait déjà fait connaissance de la famille et donc de la fille dans les années 1790. Les informations à ce sujet sont contradictoires. Pourtant ce n'est qu'en 1810 qu'il entra en contact avec Antonie. Or, selon les notes de Fanny Giannatasio dei Rio, il rencontra sa bien-aimée en 1812 (ou au plus tôt en 1811). Une autre réserve concerne les aspects psychologiques de l'événement. En 1812, Antonie, mère de quatre enfants, était dans la force de l'âge. Son mari, Franz Brentano, est décrit comme étant un homme plein de sollicitude, de compréhension et de chaleur. Son seul défaut peut avoir été de trop travailler. Est-ce là des conditions suffisantes pour se jeter dans les bras d'un artiste certes célèbre mais aussi connu pour son excentricité? Solomon a essayé de répondre à cette question. Comme la lettre le montre, Beethoven a décidé après de multiples combats d'éviter la proximité de la bien- aimée (il est possible que ce soit la raison pour laquelle la lettre ne fut pas envoyée (Il faut se rappeler qu'elle fut trouvée dans la succession de Beethoven). Mais comment alors comprendre le fait que Beethoven vécut de fin juillet jusqu'au début de septembre dans le cercle familial et sous un même toit? Il est vrai que la contradiction est déjà dans la lettre puisqu'il n'y est pas seulement question de fuite mais aussi d'un proche revoir. Est-ce qu'Antonie devait voyager sans accompagnement, sans les membres de sa famille? Selon le journal, Beethoven projetait un grand voyage qui n'avait d'autre but que de l'éloigner de Vienne, où habitait la Bien- Aimée. Or les Brentanos avaient décidé, dès le début de 1812, de revenir à Francfort, après avoir réglé l'héritage Birkenstock. Beethoven ne le savait-il pas? S'il n'a pas réalisé son projet de voyage, est-ce parce qu'il n'est pas resté fidèle à ses intentions? Peut-être est-ce que son éloignement n'était plus nécessaire puisque les Brentanos quittèrent Vienne fin 1812 ? Ses notes dans son journal en 1816-1817 ne laissent-elles pas penser que la bien-aimée est toujours proche de lui? Mais il est possible que l'on trouve des réponses simples à ces questions. Pour finir, jetons un regard sur un document qui a, lui aussi, joué un rôle dans la discussion autour de l'Immortelle Bien- Aimée. Dans la succession de Beethoven, il fut trouvé deux portraits en miniature ne portant pas de noms. Ils se trouvent tous les deux dans la collection Bodmer, dans la maison natale de Beethoven. L'un est considéré depuis longtemps comme étant le portrait de Giulietta Guicciardi (ce n'est que récemment qu'un doute justifié a été émis). Par contre, l'identité de l'autre portrait est très discutée. Il est encore aujourd'hui connu comme portrait de la Comtesse Marie Erdôdy. Depuis longtemps, on voulut y voir le portrait de l'Immortelle Bien- Aimée. Aujourd'hui, il est tantôt celui de Joséphine Brunsvik, tantôt celui d'Antonie Brentano, selon l'hypothèse retenue. Il me semble pourtant très discutable de considérer ce portrait comme une preuve. Les miniatures de cette époque étaient des articles de mode. Soumis au goût de l'époque, ils uniformisent les personnes représentées par leur vêtement, leur attitude, leur expression, la couleur des cheveux et même la forme du visage. Ils n'ont aucune précision photographique. Si ce portrait doit représenter Antonie Brentano, c'est en raison des vêtements et de la coiffure, dans ses jeunes années et non en 1812. Par contre, ce ne peut être Joséphine Brunsvik. La couleur des yeux de la miniature diffère de celle d'un autre portrait. Sieghard BRANDENBURG Extraits d'une publication de la Beethoven-Haus à Bonn, en 1986. L'auteur, Sieghard Brandenburg, a très aimablement accepté, et nous l'en remercions, la publication de son texte en français dans la traduction de Claude BROUSSY, pour Connaissance des Hommes. (Connaissance des Hommes, novembre 1987)   Suite: cliquer ici
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